Jean Edmond Boilevin (1847-1925), fils de François, rentier, ancien négociant, et de Marie Poutignac, voit le jour à Angoulême. Négociant lui aussi, il se marie en 1869 à Roullet, près d’Angoulême, avec Anne Gabrielle Chabaneau, née à Nontron où son père était huissier avant de vivre comme rentier à Périgueux. Le couple s’installe peu de temps après à Saintes où il obtient en 1876, en échange d’une grande maison d’Angoulême, un corps d’immeubles appartenant à son beau-frère Paul Nicolas Boucheron, marié à Catherine Boilevin. Composé à l’origine de quatre constructions distinctes, à l’angle occidental des rues Victor-Hugo et Saint-Michel, cet ensemble comprend un magasin de nouveautés, fondé en 1836 et tenu ensuite par une société entre Boucheron et Jean François Xavier Beausoleil, jusqu’à sa liquidation et partage en 1873. Dans son commerce, Edmond Boilevin vend des corbeilles de mariage, des trousseaux et layettes, des soieries, des étoffes pour les robes, des vêtements sur mesure pour hommes et enfants, des draperies pour l’ameublement, du linge de table… De nombreux encarts publicitaires dans les journaux saintais, dans le Grand Almanach de Saintes ou dans des chromos donnés à ses clients, vantent ces « Grands magasins de nouveautés Les plus vastes des Charentes », leur accès en « entrée libre », leurs marchandises « marquées en chiffres connus », échangées ou remboursées à la demande, la présence d’un coupeur au rayon draperie ainsi qu’un vendeur au comptoir des chemises. Prospère, semble-t-il, ce commerce s’agrandit en 1889. Dans les années 1890, Boilevin fait aussi de la réclame pour le journal La Mode (gravures, textes, feuilletons, concours primés de jeux…), « gazette régionale de la famille » bimensuelle, dirigée par Caroline Bersac, déclinée sur plusieurs éditions et qu’il édite.
Edmond Boilevin adhère à l’Association française pour l’avancement des sciences pour laquelle, à l’occasion du congrès de Rouen en 1883, il fait paraître une brochure : Sur le recouvrement postal des effets de commerce. Juge au tribunal de commerce de Saintes, notable, il est élu conseiller municipal entre 1884 et 1892.
Dans l’ordre de gauche à droite : Publicités de 1885 & et de 1897 (coll. Média. Saintes Ms_950-12 & 232_MAR), et Chromo (coll. privée)
Son couple a une fille, Marie Irma en 1870, et deux garçons, Nicolas Paul Emile né en 1874, Paul en 1878 qui devient médecin à La Rochelle où il se marie en 1911 avec Marie Louise Godichet, libraire.
En 1894, Marie Irma prend pour époux Daniel Charles Amédée Cornet, né à Saint-Jean-d’Angély en 1868 et fils d’un commis greffier à Saintes. Daniel Cornet a fait ses études à Bordeaux, voyagé en Russie, en Turquie, avant de s’établir comme médecin à Marennes en 1892, où il est délégué du conseil départemental de l’Instruction publique pour les écoles du canton. Leur enfant, Madeleine, naît en 1894, puis la famille s’installe à Saintes en 1900, dans l’actuelle rue des Jacobins. Médecin pour les Chemins de fer de l’État et légiste, Cornet travaille à l’hôpital de la ville. Ses idées progressistes l’amènent à s’engager comme mutualiste, membre de la Ligue des droits de l’Homme, de la Libre Pensée et franc-maçon de la loge saintaise La Sincérité.
Au fil des années, Edmond Boilevin perd la plupart des membres de sa famille. Son fils aîné Nicolas Paul Emile décède précocement en 1876, son gendre en 1908, sa fille Irma en 1913, son fils cadet en 1914 à Clavette, sa petite-fille Madeleine en 1916 et sa femme en 1918, 12 rue Saint-Maur, lieu de leur résidence. A l’exception de son fils cadet, tous sont morts et inhumés à Saintes dans cette concession. En 1920, il vend son magasin, la clientèle et l’achalandage, avec le droit aux acquéreurs Mallet (demeurant à Royan) de se dire successeurs. Cinq ans plus tard, il rejoint ses proches dans la tombe.
Frédéric Morin
Sources : état-civil (AD 16, 17 et 24, tous en ligne), Grand Almanach de Saintes (médiathèque de Saintes) notamment en 1890 pour l’agrandissement du magasin et en 1895 pour la publicité en faveur du journal La Mode, L’Indépendant de la Charente-Inférieure des 02 et 05. 04.1881 (médiathèque de Saintes) pour deux exemples des encarts publicitaires en faveur de ce magasin, Bibliographie – Bulletin de la Société des archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, 5, 1885, p.157 (SahCM), à propos de la brochure d’E. Boilevin sur le recouvrement postal des effets de commerce publiée par l’imprimerie Chaix en 1884, L’Indépendant de la Charente-Inférieure du 12.05.1920 (médiathèque de Saintes) et registre des Hypothèques (bureau de Saintes) pour la vente par E. Boilevin de son corps d’immeubles avec le fonds de commerce (AD 17 4Q 6 2093 transcriptions), registre de l’Enregistrement (bureau de Saintes) pour la mutation par décès d’E. Boilevin (AD 17 3Q 15 167), registre matricule militaire (AD 17 en ligne) de Daniel Cornet, acte notarié du contrat de mariage entre D. Cornet et Marie Irma Boilevin (AD 17 3E 26/936), L’Indépendant de la Charente-Inférieure du 09.07.1908 (médiathèque de Saintes) pour les obsèques civiles de D. Cornet, registre de l’Enregistrement (bureau de Saintes) pour la mutation par décès de D. Cornet